Monsieur Beau-parleur

Je me souviens de ses fanfaronnades

Je suis un héritier racontait-il, et cela lui donnait

semblait-il, le droit de s’exprimer à tort et à travers

la manière en tout cas n’avait rien à reprendre

il parlait comme un maître à qui voulait l’entendre

ses propos amusaient les assemblées austères

il aurait pu chanter la messe s’il avait dû s’y rendre

Je me souviens de ses ballades

Quand il était d’humeur il me faisait l’aubade

et réclamait mon coeur contre une sérénade

il aurait composé pour moi, s’il avait eu le temps,

des poèmes d’amour légers comme le vent 

mais il était pressé, la foule en liesse l’attendait

il préférait le succès et la gloire aux baisers

Je me souviens de ses bravades

Il se pavanait dans les salons, les galeries

partout où les puissants se pressent au parloir

se faire voir et se faire valoir, c’est la vie

des bavards qui tiennent le haut du crachoir  

il se montrait au meilleur de lui-même en somme

quand en parlant tout haut il passait pour un homme

Je me souviens de ses tirades

Jamais au grand jamais il n’aurait reconnu l’hyperbole

sous couvert de sagesse ses dires étaient frivoles

il s’écoutait aimablement parler, la voix si chaleureuse

sa prose sans effets marqués se savait harmonieuse

verbe, sujet, adverbe, complément, sa syntaxe logique

son élocution sans défaut se prêtaient bien à la rythmique

Je me souviens de ses lapalissades

Ses convictions ne s’attachaient pas la critique

ayant fréquenté le prétoire il connaissait la rhétorique 

il parlait bien, beaucoup, mais pas trop clair

on aurait pu, sinon, savoir ce qu’il pensait

c’eut été maladroit, risqué ou pire impopulaire

si l’on doit croire à ce qu’on dit mieux vaut se taire 

 

Je me souviens de ses charades

Il s’adressait à ses amis lorsqu’ils étaient partis 

ses éloges funèbres relevaient de l’art, du défi 

on y retrouvait sa faconde, son goût du calembour

on admirait ses réparties, sa pertinence, son humour 

devant la tombe ouverte soudain il nous montrait

que s’il avait pour maître Cicéron, il était Bossuet

Je me souviens de sa dégringolade

Quand je ne voulus plus l’écouter pérorer

et se payer de mots sans raison avouable

pour un discours de trop je l’envoyai au diable

je l’accusai d’être verbeux lui qui s’imaginait disert 

je lui fis, je l’avoue, un injuste et fallacieux procès 

il se trouva perdu pour un mot de travers 

© 2018 by catherine etchepare 

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