Histoires de garçons (pour les filles)

Jules et Jim à Brokeback Mountain
Délibérément et librement inspiré du film "Le Secret de Brokeback Mountain" lui-même adapté de la  nouvelle d'Annie Proulx "Les pieds dans la boue".

catherine etchepare, LULU EDITIONS.COM , 2009

"... Elle était vraiment mignonne avec ses longs cheveux bruns, ses taches de soleil sur le nez et les joues, sa bouche trop grande, ses yeux pétillants. Claire trouvait Ian assez beau, plutôt bien fait, quoiqu’un peu petit, deux ou trois centimètres de plus qu’elle, pas plus. Elle remarqua que Martin en revanche, était long et mince comme un fil, avec des jambes qui n’en finissaient pas et des épaules étroites. Elle se serait bien attardée à étudier leurs mérites respectifs, mais Ian l’invita à danser et l’entraîna sur la piste. Martin s’envoya une autre bière en les regardant tanguer l’un contre l’autre. Le chapeau de Ian frôlait le front de la fille, elle riait contre sa bouche, il murmurait dans ses cheveux. Quand il la serrait d’un peu trop près, les poils de ses bras se hérissaient et elle reculait légèrement. Martin, qui se trouvait moche, estimait
que Ian avec son sourire de miel, son rire facile et ses yeux lumineux avait de quoi séduire toutes
les filles. Quand même : soulever la plus jolie nana du coin à leur première soirée en ville, merde,
il y allait un peu fort. Repoussant son Stetson vers sa nuque d’un geste irrité, il les regarda revenir
vers lui main dans la main..."

Sexe, mensonges & belles carrosseries
catherine etchepare, LULU EDITIONS.COM , 2011

"... La voiture de police garée sur le trottoir barrait l'accès à la scène de crime. Son gyrophare silencieux tournait au ralenti, éclaboussant la nuit de lueurs bleuâtres. Riker descendit lourdement du taxi qu'il avait réquisitionné en sortant du poste (il s'était planté au milieu de la rue en brandissant sa plaque comme une arme), et vit son ombre s'allonger démesurément sur le sol. Avec un sentiment d'appréhension indéfinissable, il s'engagea dans la ruelle sombre qui descendait vers le fleuve. Le policier en uniforme désigna du menton la grille en fer forgé qui protégeait l'entrée d'un jardinet. Riker se glissa sous le ruban jaune, rejoignit les deux hommes qui occupaient le périmètre de sécurité. Le sergent Sexton, responsable de patrouille, premier arrivé sur les lieux, le salua d'un signe de tête amical. Accroupi sur une grosse malette en cuir posée à même le sol, le médecin de la Division médico-légale examinait la longue tige de métal qu'il venait d'extirper du corps allongé devant lui. Riker reconnut une sonde de thermomètre électronique. Le type était bien mort..."

Crimes et (re)sentiments dans les rues de la Nouvelle-Orléans

catherine etchepare, à paraître LULU EDITIONS.COM 

"... Comme toujours, le Spotted Cat était bondé. La programmation du club de Frenchmen Street attirait les touristes — dieu merci moins nombreux à cette époque de l'année — et les locaux amateurs de bonne musique. Les représentants de labels à la recherche de nouveaux talents y passaient régulièrement : se produire sur la petite scène adossée à la vitrine était considéré par les musiciens comme une sorte d'audition rémunérée. Mac se tenait près du bar au fond de la salle. Cette position de retrait lui permettait de profiter tranquillement du spectacle, appréciant l'enthousiasme des auditeurs sans en subir les inconvénients, bourrades, cris perçants, pieds écrasés, effluves rapprochées d'herbe, de bière et de sueur. La petite formation — un sax, un trombone, une batterie et deux guitares — soutenait avec dextérité le contralto de la jeune femme installée au clavier. La chanson parlait d'amour, elle était tour à tour triste et drôle, vive et langoureuse. Un régal. Mac se demandait souvent dans quels souvenirs Jane puisait son inspiration. Pas dans ceux qu'elles partageaient en tout cas : leur histoire était prosaïquement heureuse, solide...."

Fantasy, parodie et cameloteries

catherine etchepare, à paraître LULU EDITIONS.COM 

"... Par le Pouvoir que me confère ma fonction, je t'ordonne, Excalibur symbole de la Terre, de quitter le Trépied Céleste et de venir à moi ! Ce fourreau que j'ai brodé pour toi protégera de la destruction les principes sacrés de ton monde. Puissent les dieux qui t'ont confiée à moi comprendre mon dessein et m'apporter leur aide !

L'épée s'eleva doucement et vint se placer, rayonnante, dans la gaine de soie tenue à bout de bras par la prêtresse. Lentement, Nuada abaissait les bras. La surface argentée se troubla, dégageant des vapeurs bouillonnantes qui dissimulèrent à sa vue les reliques dédaignées. Le trépied s'enfonçait lentement dans la brume. Nuada resserra sa prise sur l'épée engainée et quitta rapidement le Temple. Les lourdes portes se refermèrent sans bruit derrière elle et elle se retrouva dans la forêt, par-delà la clairière. Par deux fois le sol trembla longuement sous ses pieds. Sa volonté indéfectible repoussa la peur et elle s'avança dans l'obscurité inhabituelle qui servait désormais d'écrin au monde désuni..."

© 2018 by catherine etchepare 

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