
La vie fait des claquettes
Dans les rues sans attraits d’une ville assoupie
avec ses pavés sales, ses crépis en détresse
ses balcons vermoulus, ses persiennes écaillées
le soleil malgré tout s’attardait au café
où les jours de marché traînait notre jeunesse
nous rêvions éveillés, tout pouvait arriver
Inconstants ou craintifs, ignorants, démunis
nous avons avancé, pas très droit, à tâtons
et la vie s’est chargée de nous faire une raison
la tienne était sérieuse, la mienne insuffisante
les années ont passé comme une pluie battante
nous voilà détrempés comme des chiens mouillés
Alors que la sagesse invitait à l’oubli
nous avons secoué la cendre et la poussière
nous avons parcouru le chemin à l’envers
laissant derrière nous tous nos mauvais étés
et nous sommes enfin où nous rêvions d'aller
est-ce le crépuscule ou l’aube qui renaît
C’est à peine si j’ose pourtant me dévêtir
quand la lumière tremble ou que le jour commence
tes yeux au fond des miens pourraient-ils me mentir
dans le creux de ta main, sur ta ligne de chance
mes doigts un peu inquiets dessinent des sillons
signes de lassitude et d’anciennes blessures

Quand tu cherches sur moi la trace de baisers
qui saurait expliquer la ronde des saisons
ce blanc dans mes cheveux, ces tâches plus foncées
ou la ligne brisée sous l’arc de mes paupières
le passage du vent, la marque des hivers
ce que la vie a fait de moi sans m’épargner
Nous essayons de vivre ensemble sans vieillir
seulement le soir tombe et malgré le désir
nous tombons nous aussi, doucement, avec lui
vacillantes lueurs, flammes devenues sombres
nous éloignons la peur, détournons la pénombre
mais nous nous effaçons peu à peu dans la nuit
