La vie fait des claquettes

Dans les rues sans attraits d’une ville assoupie

avec ses pavés sales, ses crépis en détresse

ses balcons vermoulus, ses persiennes écaillées

le soleil malgré tout s’attardait au café

où les jours de marché traînait notre jeunesse

 

nous rêvions éveillés, tout pouvait arriver

Inconstants ou craintifs, ignorants, démunis

nous avons avancé, pas très droit, à tâtons

et la vie s’est chargée de nous faire une raison

la tienne était sérieuse, la mienne insuffisante

les années ont passé comme une pluie battante

nous voilà détrempés comme des chiens mouillés

Alors que la sagesse invitait à l’oubli

nous avons secoué la cendre et la poussière

nous avons parcouru le chemin à l’envers

laissant derrière nous tous nos mauvais étés 

et nous sommes enfin où nous rêvions d'aller

est-ce le crépuscule ou l’aube qui renaît

C’est à peine si j’ose pourtant me dévêtir 

quand la lumière tremble ou que le jour commence

tes yeux au fond des miens pourraient-ils me mentir  

dans le creux de ta main, sur ta ligne de chance

mes doigts un peu inquiets dessinent des sillons

signes de lassitude et d’anciennes blessures

 

Quand tu cherches sur moi la trace de baisers

qui saurait expliquer la ronde des saisons

ce blanc dans mes cheveux, ces tâches plus foncées 

ou la ligne brisée sous l’arc de mes paupières

le passage du vent, la marque des hivers

ce que la vie a fait de moi sans m’épargner 

Nous essayons de vivre ensemble sans vieillir

seulement le soir tombe et malgré le désir

nous tombons nous aussi, doucement, avec lui 

vacillantes lueurs, flammes devenues sombres 

nous éloignons la peur, détournons la pénombre

 

mais nous nous effaçons peu à peu dans la nuit 

2020

© 2018 by catherine etchepare 

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