Noir désir

Elle était la source où j’étanchais

Ma soif de vivre et la pomme

Qu’elle me tendait savait rassasier

mon ventre et mon coeur d’homme

Mais elle avait de ses manières

Des oeillades, des rires en coin

Elle était si belle et si fière

Ses yeux se posaient au lointain

Elle rêvait. Puis soudain elle s’élançait

Je la voyais, flamme et brasier 

tourbillonnante, radieuse, allumée

J’envisageais des dérobades

en suivant des yeux ses vertiges

Ses pas glissés, ses escapades

son grand numéro de voltige

Elle dansait. Vertueuse vestale

D’un temple dont j’étais exclu

Elle me faisait, femme fatale

Passer les portes de l’enfer

Son corps semblait offert

Son âme m’était défendue

Elle riait. Sa gorge palpitait

Je l’entendais, trille, roucoulement

Bouche arrondie, lèvres tremblées

rayonnante, ivre, transportée

Je percevais dans ses roulades

l’aveu de mon bannissement

Je sentais qu’elle s’envolait

sur trois notes, sans un regret

Je serrais les poings, je voulais

la retenir ou la reprendre

Son cou gracieux et tendre

se levait au ciel, s’allongeait

Elle criait. Il fallait que j’écoute

C’était mon nom sans doute

Qu’elle jetait au vent mauvais

Je tendais les mains, je savais

Que je devais fuir, m’éloigner

Car je l’aimais d’un amour forcené

Elle pleurait. Ses paupières lassées

Se fermaient. Je serrais sa vie

Sous mes doigts. Son souffle ralenti 

Contre le mien, s’épuisait à combattre  

 

Elle finit de supplier, de se débattre

Son coeur enfin cessa de battre

Et par assentiment, le mien aussi.

2019

© 2018 by catherine etchepare 

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