La Dame du Lac

Il brillait sous la lune, étendue scintillante

de milliers de cristaux aux reflets irisés

bordée d’arbres graciles et de roses givrées 

qui levaient vers le ciel leur robe transparente

 

J’aimais ce lac cerné de dentelles d’écume

qui abritait une île mystérieuse et sacrée

Avalon incertaine, enfoncée dans les brumes  

dont seul l’amour en moi connaissait les secrets

 

Me serais-je élancée sur cet étang gelé 

si j’avais su que l’eau sous la glace était noire

et perçante la lame des patins sous mes pieds

aurais-je traversé sans peur ce grand miroir ?

 

Si j’avais ce jour-là contourné la rivière

ignoré sur la berge les roseaux pétrifiés

si je m’étais méfiée des marais, des tourbières

si je m’étais gardée des vapeurs argentées 

 

Aurais-je pour autant conjuré le mensonge

que dessinait en boucles blanches sous l’acier

cette surface lisse et douce comme un songe

que ma danse frôlait sans craindre le danger ?

A la cime bleutée de ces forêts anciennes

je scrutais le départ des oiseaux vers l’été

mon esprit s’égarait en croyances païennes

et je doutais plus fort des ombres du passé

 

J’aimais de ce pays l’implacable froideur 

et je prenais hélas pour un marbre précieux

le mélange subtil de formes et de couleurs

que proposaient à l’oeil ses détours silencieux

 

Me serais-je avancée vers la plaine enneigée 

si j’avais su la boue sous la poudre légère

et que dans son étau mes pas seraient figés

quand je voudrais enfin échapper à l’hiver ?

 

Si j’avais mieux compris les nuances de l’eau

reconnu sur le sol l’oscillation du vent 

si j’avais du brouillard démêlé l’écheveau

et des signes célestes suivi le mouvement 

 

Aurais-je pour autant réussi les glissades

les axels, les saltos, les grandes arabesques

évité la gadoue, le dégel, prévenu la noyade

et sauvé du redoux mon âme romanesque ?

2019

© 2018 by catherine etchepare 

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