Douce-amère

Aux environs de Fès

en route pour Meknès

j’ai vu Moulay Idriss

ville sainte et parfaite

où l'enfant du prophète

repose pour l’éternité 

sur la douce colline

à l’endroit qui domine

les ruines de Volubilis

sous un arbre qui penche

sous une pierre blanche

et un ciel étoilé

Je choisis de mentir

ne pas citer Paris 

qu'il pourrait me décrire
et du coup c’est bien pire 

Grenoble ! s’exclame mon ami

j’ai passé vingt ans de ma vie

aux abords de Fontaine !

selon ce fier bédouin

nous sommes donc cousins

enchanté de l’aubaine

mon galant marocain

sous son auvent m’entraîne

jean-bouchaud-les-remparts-de-fez-(maroc

Préférant échapper

aux visites guidées 

– des ruines romaines

j’en ai vu par centaines –

je me réfugie sous la tente

d’un vendeur d’affutiaux

trouvant l’ombre plaisante

je marchande un cadeau

nous voilà discutant 

bavardage impromptu

dialogue charmant

qui es-tu ? d’où viens-tu ?

Il me sert du café

m’enveloppe, m’agrippe

nous tend son narghilé

propose cent chameaux

au chef de notre équipe

qui malgré qu'il en eût

lui oppose un refus

en homme sans rancune

mon berbère déçu

m’offre des souvenirs

talisman de fortune

et babouches en cuir

Je suis si bien reçue

cela devrait me plaire

pourtant je suis déçue

je me sens douce-amère

Si l’impression de déjà-vu

me souhaite ailleurs la bienvenue

à quoi bon d'autres paysages ?

J'ai perdu le goût du voyage.

2018