Vampire Lestat

L’étrange créature venait avec la lune

sur les collines sombres ou bien sur la lagune

et si vous promeniez certains soirs à la brune

vous pouviez à coup sûr rencontrer l’infortune

 

Ses lèvres découvraient sous leur beauté charnue

Un émail éclatant, porcelaine pourvue

De formidables crocs menaçants et pointus

Qu’il léchait lentement de sa langue fendue

 

Ses yeux jaunes brûlaient d’un éclat scandaleux 

son visage étaient blême comme un carton poudreux

ses longues mains semblaient un parchemin terreux

et le bout de ses ongles brillaient d’un blanc cireux

 

Son enveloppe vide depuis cent ans au moins

attestait du vieux monde, en était le témoin

il ne respirait plus mais vivait néanmoins

n’ayant hormis l’amour aucun autre besoin 

 

Son coeur durci et froid semblait toujours plus grand

plus généreux, plus droit que celui des vivants

qui sans aimer son goût font couler trop de sang 

qui s’épanche et serpente comme un sombre ruban

Mais si vous approchiez de sa triste pâleur

ou si vous écoutiez ses doux propos trompeurs

il vous suivait la nuit, sensible à votre odeur

et vous volait votre âme et sa douce chaleur 

De ses bras décharnés il entourait le corps

de sa tendre victime et lui donnait la mort

en un baiser lascif, léger, sans un remords

et l'éternel sommeil arrivait sans effort

Cet homme en rouge et noir, en dentelle salie

mort et pourtant vivant, souvenir assombri

d’un pardon refusé, son âme inassouvie

fait lever une aurore au soleil de minuit 

 

Il est l’éternité, quand nous sommes si vite

arrivés et partis, sans issue explicite

aussi quand il nous offre une vie sans limites

nous baptisons l’enfer avec de l’eau bénite

 

En Louisiane et partout où les morts entrent en transe

les fantômes se lèvent et réclament vengeance

le vampire s’amuse et entre dans la danse

jusqu’à ce que le plein jour le réduise au silence

2019

© 2018 by catherine etchepare 

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