Eau dormante

Si aux ébats charnels elle était plus encline

et me restant fidèle, se montrait libertine

mon coeur serait ardent, ma tendresse lascive

je serais bon amant pour la garder captive

allongée sous mon corps, dévêtue sur les draps  

je la serrerais fort, la tiendrais dans mes bras

accrochée à mon cou, dévorée de regards

attentifs et jaloux, toute entourée d’égards

c’est encore à mon tour, dirais-je, de te plaire

consentante à l’amour, elle se laisserait faire

 

Mais elle ne veut pas céder à mes émois

elle demeure là, je n’entends pas sa voix

je l’entoure de soins, je m’inquiète de tout

je caresse sa main, me jette à ses genoux

rien n’y fait, elle ferme obstinément les yeux

garde les poings serrés, le visage sérieux 

où est passée l’amante à l’âme passionnée

ce n’est qu’une eau dormante, elle ne veut plus aller

son humeur est rebelle, assurée, opiniâtre

elle me rendrait cruel, j’en viendrais à la battre

Toutes les nuits pourtant, elle partage mon lit

elle s’abrite dedans, glissée dans ses replis 

évitant les frissons que mon souffle exhalé

dans un soupir profond pourrait lui procurer 

quand je la vois là-bas, serrée dans son armure

au bout du matelas, bien loin contre le mur

j’interroge mon coeur, je cherche ses pensées

je la vois fuir ailleurs, je l’écoute rêver

dans un monde irréel tout peuplé de chimères 

peut-être m’aime-t-elle dans un autre univers

2020

© 2018 by catherine etchepare 

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