Pays de cocagne

Ce pays où tu nous emmènes – dis moi – 

a-t-il un nom, trouve-t-on ses coordonnées

sur les cartes du monde – est-il répertorié

dans les atlas, dans les bibliothèques 

connaît-on ses contours, sa géographie

son histoire a-t-elle été écrite ou racontée

a t-il ses héros, ses drames, ses défaites

sait-on quel est son destin, sa fortune

ses bienfaits, ses fastes, sa beauté

peut-on compter sur son courage, son génie

a-t-il en abondance de précieuses richesses 

des plaines, des vallées, des à pics enneigés

des océans, des dunes, des steppes infinies

ses cités sont-elles couronnées de dômes

d’édifices glorieux, de terrasses fleuries

la lune se reflète-t-elle sur ses lacs 

et le soleil levant frise-t-il ses murailles 

 

Ce pays où tu nous emmènes – dis moi –

est-il digne de nous, est-il fait de nos rêves

de l’étoffe des songes que nous avons tissé

a-t-il de nos enfances la douceur, la passion

sait-il chasser les peurs, repousser les chagrins

peut-on croire à sa voix, connaître son ardeur

as-tu compris ses doutes, écouté ses silences

ses soupirs t’ont-ils pris dans le vent des regrets

as-tu séché tes larmes sous le souffle brûlant

de ses étés d’azur, de ses lourdes chaleurs

peux-tu compter sur ses pluies de printemps

sur ses sources cachées, sur l’eau de ses glaciers

l’or de ses frondaisons flamboie-t-il en automne

et le givre fait-il parure à ses forêts

entends-tu dans ses nuits des appels, des abois

des cris d’oiseau, des feulements, des râles

et sortant du sommeil le souvenir d’un rire ?

Ce pays où tu nous emmènes – dis moi –

est-il libre, joyeux, ouvre-t-il ses frontières 

aux âmes lasses, errantes, tourmentées

sait-il leur apporter la confiance, la paix

et nous – pauvres de nous – si forts et si légers

tomberons-nous, vaincus, avant de le trouver

saurons-nous au matin qui réclame son dû

sourire et nous aimer, serons-nous éveillés

tendresse et rires et plaisir confondus

saurons-nous commencer ailleurs 

ce qu’ici, ce qu’hier, nous n’avons pas su faire

le soir descendra-t-il comme une ombre bleuâtre

sur les nuages en feu, les vapeurs du couchant

et ce soleil voilé qui rougit tout là-bas 

qui s’en va doucement vers un autre destin

vers ce nouveau matin que nous ne verrons pas

emporte-t-il les rêves que nous avons perdu ?

2020

© 2018 by catherine etchepare 

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