Âme en peine

Elle porte des voiles qui l’habillent de brume 

ses yeux qui ne voient plus que des ombres feutrées

se posent au hasard et cherchent des indices

dans les vases fragiles il y a encore des roses  

leurs corolles éclatées se penchent lourdement 

vers le vernis des tables écaillé par le temps

mais si elles avaient eu des épines autrefois

il y a bien longtemps qu’elles ne piquent plus

elle s’en étonne un peu quand elle les effleure

car elles s’y blessait du temps qu’elle vivait

 

Comme il est devenu sombre ce corridor

sous son papier déteint, ses galons défraîchis

ses plinthes lézardées, ses moulures fendues 

du temps où le soleil se levait le matin 

et que le jour filtrait à travers les rideaux

les murs avaient été plus pimpants, colorés 

avant que ne se ferment les portes et les volets

que l’escalier ne grince et que le parquet pleure

avant que tout se soit lentement obscurci  

 

Quand de sa main légère elle touche le bois

un parfum lui revient, odeur de cire douce

dont elle caressait les meubles qu’elle aimait

tous ces gestes perdus, si souvent accomplis

pour faire étinceler les lustres et les vitrines

et les guerres menées contre la désuétude

qui savait quels efforts il fallait déployer

pour repousser la nuit, accueillir la journée 

qui s’était inquiété de ces pauvres devoirs

Ceux qui vivaient ici pourtant semblaient s’y plaire

chacun s’abandonnait aux douceurs du foyer

la bouilloire chantait sur le fourneau lustré

tous réclamaient leur dû, attentions, déférence

aux heures des repas ils venaient insouciants

se nourrir à sa table d’un amour silencieux

ils dormaient dans les lits dont elle parfumait

d’un sachet de lavande les draps et l’oreiller

sans jamais un merci, sans se montrer heureux 

 

Mais les vaines promesses que son coeur espérait

s’effacent dans la nuit, la lumière s’effondre

au seuil de cette chambre où l’amour se faisait 

dans le noir, prudemment, sans serments échangés 

personne ne sait plus la couleur de ses yeux

sa peau, ses lèvres ont perdu leur éclat

et le son de sa voix, elle-même l’oublie

alors pour être sûre que l’air porte ses cris

elle frappe les murs. Elle hante sa maison.  

2020

© 2018 by catherine etchepare 

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